Il est classique de considérer que les ingénieurs sortis des grandes écoles sont destinés à renforcer le « business as usual » dans de grandes structures. Mais tous ne partent pas vers les sociétés du CAC 40. Par exemple, parmi les diplômés de Centrale Paris (devenue depuis CentraleSupelec), on retrouve Boris Vian qui n’est pas resté longtemps dans les bureaux de l’Afnor. Vous connaissez aussi sans doute un chanteur qui en 68 n’avait pas envie de se faire couper les cheveux : un certain Antoine.
Mais qu’est-ce que cela à voir avec la RSE, sujet principal de ce blog, me direz-vous ? Si vous cherchez bien, vous verrez que les prises de position de Boris Vian, traduites dans plusieurs de ses chansons et romans ont bien quelque chose de sociétal. Et les derniers films et documentaires d’Antoine, maintenant explorateur, sont là pour nous rappeler que nous devons prendre soin de notre planète.

Parmi les centraliens atypiques il y a aussi Gérard Chamamayou, plus connu sous le nom de Félix, hélas décédé en 2019. Il a conçu la structure originale de la Geode visible dans le parc de la Villette et «la pensée créatrice » qui symbolise la mission de l’école Centrale. Pour lui rendre hommage, l’association des Alumnis de CentraleSupelec a décidé de reprendre aussi le nom « Félix » pour les 3 prix remis chaque année à des ingénieurs d’exception. Si vous souhaitez en savoir plus sur cet artiste, vous pouvez aussi retrouver une vidéo hommage à Félix sur youtube.
Si je prends le temps d’écrire ce billet sur le blog Diag26000 c’est parce que lors de la remise des prix Felix 2025, ce 14 janvier, j’ai été surpris de voir à quel point différentes dimensions de la RSE étaient présentes dans les propositions de chacun des lauréats.

Le micro crédit facilité avec Finfrog
Avec Planet Finance, Jacques Attali a rendu le micro crédit célèbre pour réduire la pauvreté dans les pays africains. Mais en France aussi il existe des foyers qui ont du mal à boucler le mois et se retrouvent souvent à découvert.
C’est ce public que cible Riadh Alimi, Fondateur et CEO de FINFROG, lauréat 2025 du prix « Félix entrepreneur ». Diplômé de Centrale en 2003 il a commencé par travailler pendant 10 ans chez McKinsey avant de créer FinFrog.
Finfrog propose des prêts instantanés de 100 à 1 000 euros, accessibles sur mobile. Ces prêts ne sont pas gratuits bien entendu mais les intérêts peuvent s’avérer jusqu’à dix fois moins cher que les frais prélevés pour chaque découvert bancaire. La moyenne des taux imposés par les banques est de 20% pour les découverts non autorisés !
Pour illustrer ces besoins, Finfrog propose de suivre un indicateur « le 10 du mois ». D’après les chiffres recueillis, pour les foyers gagnant moins de 2.000 euros par mois, il reste moins de 100 euros disponibles dès le 10 du mois. Ce chiffre est à priori issu de l’analyse des profils des demandeurs de prêts auprès de Finfrog. On peut supposer que les foyers ne demandant pas de prêt s’en sortent mieux. Mais il souligne un vrai problème de finance pour un grand nombre de personnes.

C’est grâce à des années de R&D que Finfrog peut accorder des prêts aussi rapidement. La solution s’appuie sur l’IA et l’Open Banking pour aller chercher les informations auprès d’autres organismes financiers. Ceci permet d’évaluer de manière plus fine et plus équitable la solvabilité des clients. Un plus grand nombre de personnes peuvent accéder à un financement responsable. Finfrog a reçu près de 2 millions de demandes de financement et accordé 500 000 prêts pour un montant total de 200M€.
Une véritable action RSE donc que de permettre à des dizaines de milliers de foyers de terminer le mois sans être étouffés par la spirale des frais liés aux découverts bancaires !
Vertuo : ville et réchauffement climatique
Le prix « Félix innovateur » a été attribué à Baptiste Laurent, diplômé du MS Centrale-ESSEC Entrepreneurs en 2010, qui a confondé Vertuo avec Elodie Stephan, diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy en 2008.

Vertuo a fait breveter son innovation qui reproduit le cycle naturel de l’eau. Elle permet de favoriser la végétalisation de la ville sans arrosage. Le système complet concerne la collecte, le filtrage mais aussi le substrat permettant de conserver l’humidité. Une solution qui n’oublie pas le design pour faciliter son acceptation par les habitants.
Tout est pensé pour assurer un maximum d’autonomie hydrique, jusqu’à 90 jours. La filtration permet d’éliminer 99,9% des hydrocarbures. Le substrat spécifique est conçu pour une longue durée d’humidification. Il renforce la symbiose mycorhizienne pour éviter l’utilisation d’engrais chimiques.

Une réponse donc aux grands défis urbains amplifiés par le réchauffement climatique. Les îlots de chaleur sont limités en faisant baisser la température de quelques degrés. La pénurie d’eau douce est combattue en diminuant les besoins d’arrosage. La biodiversité est aussi favorisée grâce aux végétaux présents dans les bacs.
Youdi : coup de pouce aux apprentis.
Le jury a eu tellement de mal à départager les dossiers que le prix « Felix coup de pouce » a été attribué ex-aequo à deux projets différents.
Le premier est porté par Elodie Quach, diplômée d’un MSc CentraleSupélec-Essec Entrepreneurs en 2023 après un premier diplôme de l’Université de Technologie de Compiègne en 2011. Elle a créé Youdi pendant ses études, en 2022.
Après la diminution des subventions offertes aux entreprises qui accueillent des alternants, de plus en plus de jeunes avouent avoir du mal à trouver des entreprises finançant leur alternance. La plate-forme proposée par Youdi soutient l’insertion professionnelle des apprenants et leurs finances en leur permettant d’offrir leurs services à des particuliers.

Un double impact social puisque cela démocratise l’accès de certaines populations à des services essentiels (beauté, cuisine…). Les apprenants en formation ou reconversion sont mis en relation avec des particuliers via un modèle de défraiement sécurisé afin de mettre en pratique leurs nouvelles compétences dans des conditions réelles. Le site compte déjà plus de 4.000 prestations réalisées mais a besoin de davantage de partenaires et d’apprenants pour continuer à se déployer.
Lutter contre la sécheresse avec Hydros
Le second prix « Felix coup de pouce » a été attribué à Matthieu Annequin et Valentin Odde, tous les deux diplômés de CentraleSupelec en 2022 et cofondateurs de Hydros.

Pour faire face aux défis liés à la raréfaction de l’eau, Hydros propose différents modes d’actions :
- Sensibiliser, avec la fresque du climat et les ateliers 2 tonnes mais aussi une approche plus centrée sur l’eau avec l’ « atelier compte-gouttes »
- Mesurer avec le bilan carbone et le water foot print
- Anticiper : identifier les impacts et les risques directs et indirects
- Agir : construire une stratégie pour rendre l’organisation plus résiliente

Là encore donc une initiative très RSE. Elle répond à un défi important puisque selon certaines projections, à l’horizon 2035, 40% de la population mondiale vivra dans une zone de stress hydrique ! Pour avancer, Matthieu et Valentin s’appuient sur une bonne connaissance des sciences de l’eau et du climat mais aussi des bases de données et l’intelligence artificielle.
Les prochains prix Félix 2026 seront-ils tout aussi RSE ?
