Quels sont les liens entre les entreprises et la biodiversité ? C’est à Manchester que la 12e plénière de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) s’est tenue début février pour travailler sur ces sujets. Elle a été suivie de la publication d’un nouveau rapport de 400 pages.

C’est la première évaluation à consensus scientifique mondial sur les impacts et dépendances des activités économiques vis-à-vis du vivant. Notons que malgré l’attitude très négative du président actuel des Etats Unis d’Amérique vis-à-vis de tout ce qui touche à l’environnement, ce grand pays était bien représenté dans ces débats. Par exemple le docteur Stephen Polasky, de l’Université du Minesota, faisait partie des rapporteurs. Les USA ont cependant annoncé début 2026 leur souhait de se retirer de l’ipbes dont ils sont pourtant membre fondateur. 150 pays sont membres de ce groupe international d’experts. Cette Plateforme intergouvernementale était dirigée jusqu’en avril 2025 par la française Anne Larigauderie. Mais on ne trouve par contre pas de représentant de la France parmi les coordinateurs du nouveau rapport. Les experts ayant participé à la rédaction du rapport proviennent de 35 des 150 pays membres.
La dépendance
Le rapport insiste sur un point central : la biodiversité ne doit plus être considérée uniquement comme une question environnementale, mais comme un élément central de la stabilité économique. Le titre complet le précise d’ailleurs puisqu’il s’agit du « Rapport d’évaluation méthodologique sur l’impact et la dépendance des entreprises à l’égard de la biodiversité et des services écosystémiques rendus à l’humanité »
Les risques systémiques associés à la perte de diversité sont du même ordre que ceux liés au changement climatique. Le changement climatique fait partie d’ailleurs des 5 principaux facteurs d’érosion de la biodiversité :
- Le changement d’usage des terres et des mers
- L’exploitation des ressources
- Le changement climatique
- Les pollutions
- La dissémination d’espèces exotiques envahissantes.
Un gâchis équivalent au PIB européen !
Les coûts économiques liés à la dégradation de la nature sont difficiles à estimer exactement mais les fourchettes proposées vont de 10.000 à 25.000 milliards de dollars par an pour l’ensemble de notre planète ! A titre de comparaison rappelons que le PIB de l’Europe est de l’ordre 18.000 milliards d’euros, donc du même ordre de grandeur !

Les risques concernent évidemment les secteurs de l’agriculture, l’agroalimentaire, les textiles, les cosmétiques et la pharmacie. Mais les institutions financières ne sont pas à l’abri. Elles risquent de voir la valorisation de leurs actifs se dégrader brutalement. La perte de biodiversité n’est plus uniquement une question de « RSE », mais un risque majeur pour la survie de ces organismes financiers. Même s’ils n’exploitent pas directement la nature, ils sont exposés à ces risques via les entreprises qu’ils choisissent de financer.

50% du PIB monde
La Banque mondiale soulignait déjà en 2022 que plus de 50 % du produit intérieur brut mondial dépend des ressources naturelles. Les pays pauvres risquent d’être les premières victimes. Par exemple, pour la Malaisie, l’un des pays actuellement les mieux dotés en terme de biodiversité, un effondrement partiel des écosystèmes pourrait amputer le PIB de 6 % par an d’ici à 2030.

Des conditions défavorables
Le rapport constate que les conditions actuelles dans lesquelles les entreprises opèrent ne sont globalement pas compatibles avec la réalisation d’un avenir juste et durable. Les modèles d’affaires actuels ont hélas tendance à augmenter et perpétuer les risques systémiques.
En 2023, les flux financiers mondiaux ayant des impacts négatifs sur la nature s’élevaient à 7 300 milliards de dollars. A l’inverse, seulement 220 milliards étaient identifiés comme étant orientés vers la conservation et la restauration de la biodiversité. Ce rapport de 1 à 33 souligne l’importance des efforts nécessaires pour avancer vers un nouvel équilibre. Car paradoxalement, il est plus rentable aujourd’hui de dégrader la biodiversité que de la protéger.

Les systèmes de soutiens et de sanctions sont actuellement insuffisants pour inciter les entreprises à prendre de réelles mesures pour lutter contre l’érosion de la biodiversité. Il faudrait donc créer un « environnement propice permettant d’aligner ce qui est rentable pour les entreprises sur ce qui est bénéfique pour la biodiversité et les populations ». Le rapport identifie cinq composantes essentielles pour se rapprocher d’un fonctionnement plus positif pour la biodiversité :
- les cadres politiques, juridiques et réglementaires
- les systèmes économiques et financiers
- les valeurs sociales, les normes et la culture
- la technologie et les données
- les capacités et les connaissances.

Les solutions proposées
Parmi les actions mises en avant, se trouve la nécessaire réorientation des flux financiers mondiaux. Ce combat est loin d’être gagné d’avance. Car nous venons de voir plus haut que les flux mal orientés sont 33 fois plus importants que ceux positifs pour la biodiversité.
Dans les entreprises, le niveau de maturité reste faible. Les méthodes de calcul des impacts et des dépendances peuvent se révéler complexes. Moins de 1 % des entreprises publiant des rapports de durabilité mentionnent ainsi leur impact sur la biodiversité. Heureusement, le rapport liste différentes actions concrètes pour aider les entreprises à progresser.
Sur chaque site il propose de mettre en place des politiques environnementales et RSE pour gérer leurs impacts sur la nature. Il faut d’abord privilégier l’évitement d’impacts, puis ensuite la réduction des impacts qui ne peuvent être évités.
Développer l’action collective
Les entreprises sont aussi encouragées à mettre en place un suivi de la biodiversité locale et des actions de conservation et de restauration des écosystèmes et du paysage. Afin de favoriser l’action collective, l’entreprise devra mobiliser ses parties prenantes, populations et acteurs locaux. Les outils tels que le 360 RSE de Diag26000 peuvent certainement faire partie des outils facilitant cette mobilisation. Au-delà des clients et fournisseurs, cet outil inclut de fait une grille dédiée aux tiers que sont les acteurs locaux.

Concernant leur chaîne de valeur, les entreprises pourront travailler sur une meilleure connaissance de leurs approvisionnements. Analyser les zones géographiques de provenance ainsi que des méthodes de production. Il s’agira aussi d’accompagner leurs fournisseurs – en particulier lorsque ce sont des PME – afin que ces relations partenariales favorisent une meilleure prise en compte de la biodiversité.
Au niveau de la gouvernance des entreprises, le rapport propose de travailler à la définition d’engagements ambitieux et de politiques précises pour prendre en compte la biodiversité dans ses activités. Elles devront intégrer les risques et les opportunités liés à la nature dans leurs décisions stratégiques.
La nature dans les CA
Certaines structures ont déjà pris des décisions fortes en ce sens. On pense par exemple au fondateur de Patagonia qui a cédé ses parts à « mère nature ». Mais aussi à Norsys qui a décidé de lui réserver pour la nature un siège de son Conseil d’Administration. Il reste à trouver les experts capables de siéger pour représenter les intérêts de la nature : pas de formation diplômante sur ce rôle complexe à ce jour !

Le rapport insiste aussi sur l’importance de former leurs équipes pour acquérir les compétences nécessaires. Cela est une condition nécessaire pour faire évoluer les modèles économiques, les rendre plus soutenables et compatibles avec les écosystèmes. Pour avancer sur ce chemin, n’hésitez pas à faire appel aux experts partenaires Diag26000. Plusieurs d’entre eux ont déjà commencé à animer des fresques de la biodiversité.
Pour terminer sur une note positive, citons Stephen Polasky un des leaders dans la préparation de ce rapport.
Le statu quo n’est pas une fatalité.
Avec les bonnes politiques, ainsi que des changements financiers et culturels,
ce qui est bon pour la nature constitue aussi le meilleur choix en termes de rentabilité.
