Comment gagner le combat du pacte vert ? C’était le sujet de la prise de parole du Député européen Pascal Canfin, invité ce mercredi 15 avril à échanger par le C3D, le Centre des Directeurs du Développement Durable. Un témoignage intéressant d’un décideur au centre du pouvoir européen dont je vous propose quelques éléments sur ce blog Diag26000 dédiée à la RSE.

Comme le nom du C3D l’indique, la salle est composée de directeurs du développement durable, dans de grandes entreprises, souvent concernées par la CSRD. Mais Pascal Canfin prend le temps de rappeler que le pacte vert européen ce n’est pas que la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CS3D (Corporate Sustainability Due Diligence Directive). Il y a aussi la transition de la mobilité vers l’électrique, les droits de douane sur l’acier et d’autres éléments visant à permettre à l’Europe de parvenir à la neutralité carbone en 2050.

Le pacte vert a vu le jour en 2019 dans la suite du succès de la COP 21 en 2015. Mais depuis les dernières élections européennes de 2024, la droite et l’extrême droite disposent de la majorité au parlement européen. Or ces partis ne sont pas favorables à l’écologie. La crise agricole, puis la guerre en Ukraine et son impact sur le coût de l’énergie ont favorisé le backlash anti pacte vert. La posture anti écologique des partis situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique est bien connue. Mais concernant la droite, Pascal Canfin aimerait comprendre pourquoi elle a basculé dans l’opposition au pacte vert et surtout comment la faire revenir vers une position plus positive. Et pour cela il propose de s’appuyer sur 3 leviers :

  • Souveraineté
  • Résilience
  • Innovation

Souveraineté

Il rappelle que l’Europe est le continent le plus pauvre en termes de ressources fossiles, moins doté même que l’Afrique. L’achat d’énergie fossile est le premier poste de dépense de l’Europe. L’électrification et la décarbonation doivent permettre d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effets de serre mais aussi réduire notre dépendance énergétique. Un passage nécessaire si nous souhaitons sortir des contraintes imposées par les puissances de Trump, Poutine et la Chine.

Mais pour cela il faut dépolariser les discours sur la décarbonation. Un défi qui n’est pas gagné car, même au sein de l’Europe, des différences importantes existent entre les pays en fonction de leur avancée en termes de décarbonation. La France grâce au nucléaire et l’Espagne avec le solaire et l’éolien sont plutôt en avance. Par contre l’Italie est encore très dépendante du gaz. Méloni devrait aller vers la décarbonation mais elle a été hélas élue sur une politique inverse.

Pour progresser vers plus de souveraineté, les investisseurs ont besoin d’un cadre réglementaire stable. Et le détricotage du green deal ne va pas dans le bon sens.

Résilience

Un autre levier pour dépolariser est la résilience de la chaîne de valeur. Si certaines parties des budgets RSE ont été réduites, l’attention portée à la chaîne de valeur est toujours là. Beaucoup de dirigeants sont maintenant conscients des risques que le changement climatique fait courir à leur entreprise et vont chercher à s’en protéger. Peut-être est-ce plus facile d’avancer sur ce sujet car, lorsque l’on parle de protection climatique, le mot protection induit une vision positive.

Un cadre réglementaire sur l’adaptation au changement climatique est en cours de préparation au niveau européen. L’Europe a imposé des tests de résistance assez sévères aux banques après les dernières crises financières. De la même façon l’Europe est légitime pour demander des tests de résistance sur les grandes infrastructures : les centrales nucléaires, les villes proches des grands fleuves clés pour l’économie Anvers, Hambourg, Rotterdam… Avec les polders, les Pays Bas ont une longue expérience de combat contre les inondations. Pourtant la ville de Rotterdam n’a pas encore établi de stratégie pour faire face à la montée des eaux.

Innovation

Pascal Canfin constate que l’Europe a pris du retard dans la course à l’innovation. Par exemple, lors de la COP21 nous étions leader mondial dans les technologies de décarbonation. Aujourd’hui c’est la Chine qui occupe cette première place.

Pour que l’innovation progresse il faut que la réglementation, les investissements et les attentes des consommateurs soient en phase. D’après Pascal Canfin, en Europe les règles ont bien été mises en place mais les investissements n’ont pas suivi. Comment expliquer que le pourcentage de poids lourds électriques soit de 25% en Chine et de seulement 2% en Europe alors que les défis technologiques sont les mêmes ? Nous ne pouvons pas copier le modèle chinois mais nous devrions nous inspirer de la façon dont ils parviennent à coupler régulation investissement et consommation.

Comme entre les pays européens, au sein du parti communiste chinois il y a aussi des attentes différentes entre les pays du nord et ceux du sud mais ils sont tous convaincus de l’importance de la décarbonation.

De leur côté, les Etats Unis n’ont pas besoin de décarboner puisqu’ils sont le 1er producteur d’énergie fossile. Mais ils ont choisi d’innover en s’appuyant sur une nouvelle économie que nous n’avons pas en Europe. La comparaison de deux chiffres souligne cette différence. La moyenne de l’année de création des 10 plus grosses capitalisations boursières aux USA est de 1984. En Europe cette moyenne est de 1911.

Trop de nos entreprises européennes sont encore dans un comportement de rentiers. Cela ne favorise pas l’innovation. Il n’est pas facile de casser les habitudes d’entreprises habituées à vivre de leur rente. Les grandes guerres ont certes provoqué une telle cassure mais il serait préférable de trouver d’autres moyens. Certains chiffres vont-ils provoquer un sursaut ? Par exemple le fait qu’en région Nouvelle Aquitaine les maisons situées dans des territoires concernés par les retraits argileux ont perdu 50% de leur valeur ?

Pour le député européen invité à s’exprimer, un signal assez inquiétant commence à apparaître. Il y a 5 ans les ennemis européens de l’écologie proposaient de ne pas bouger puisque les autres continents ne s’en préoccupaient pas non plus. Ils paraissent maintenant en train de glisser vers un autre discours servant d’excuse potentielle : il est impossible de rattraper le retard que nous avons pris par rapport à d’autres grandes puissances.

La théorie du changement

Pascal Canfin nous invite à reconstruire une vraie théorie du changement évitant la polarisation. Car trop souvent dans les débats les technologies sont opposées entre elles. Ces affrontements entre les différentes technologies renforcent la polarisation des débats et freinent l’adoption des changements.

Pour organiser un « derisking » efficace, il faut dépasser l’approche par filières. L’approche comptable des actifs doit évoluer. Cela est particulièrement vrai pour le passage des véhicules thermiques à ceux électriques. La gestion du cycle de vie des batteries est un nouveau défi à traiter. Les cycles de location envisageables ne sont plus les mêmes, compte tenu de la longévité des véhicules électriques. On retrouve là encore un phénomène de rentes avec les grandes banques françaises leader dans le leasing automobile pour les véhicules thermiques. Il faut qu’elles repensent leur modèle d’affaires pour passer aux modèles électriques et rester profitables sur ce nouveau créneau.

Pour terminer sur la CSRD, il ne s’agit pas simplement de produire de « la data pour la data », mais bien de la valeur. La démarche doit permettre de produire des profils de risques et d’actifs en travaillant sur le triptyque données – risques – valeurs.

Si cette rapide synthèse vous a donné envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à plonger dans le dernier livre de Pascal Canfin, édité par Odile Jacob, qui revient dans le détail sur ces sujets : gagner le combat du pacte vert.

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