La fin de l’été voit souvent se multiplier les universités d’été. La reprise n’est pas encore là mais la majorité des gens ne sont plus en vacances. D’ailleurs Diag26000 organisait la sienne jeudi 27 août : plusieurs dizaines de consultants adhérents ont échangé sur les difficultés du marché et les différentes techniques pour attirer de nouveaux prospects. Mais je viens vous parler d’une autre université d’été, celle organisée par le Think Tank E5t les 2 et 3 septembre dans la ville de La Rochelle.

La frise du climat
La Rochelle, une ville qui a été pionnière en installant très tôt une flotte de vélo en libre-service. Vous connaissez sans doute déjà la fresque du climat. les quais du port de La Rochelle proposent maintenant une frise du climat, en photo ci-dessous.

A droite les bandes bleues représentent les décennies passées pendant lesquelles les parties par million de CO2 étaient encore faibles. Mais sur la droite les barres rouges sont plus fréquentes sur les années récentes et les ppm indiquées sur le sol à côté de la grille augmentent.

La table ronde « biodiversité et neutralité carbone »
Ces deux journées d’échanges organisées par E5T ont été très denses. Impossible de résumer toutes les tables rondes, faute de temps. J’ai donc choisi de me concentrer sur celle qui avait pour titre « Biodiversité et neutralité carbone : Quand le vivant devient un enjeu stratégique ».

Des échanges qui ont été animés par Laure MAZZOLENI ROBIN, vice-présidente de E5T et fondatrice du cabinet LMR Expertises spécialisé dans la compliance.

Les aménités des territoires
Christian de Perthuis est économiste, auteur de « carbone fossile, carbone vivant » (Gallimard, Folio 2026). J’ai pu mesurer l’évolution de sa perception des problèmes de notre planète depuis sa prise de parole lors d’un diner débat Centrale Ethique en 2002. Nous avions à l’époque surtout parlé de quotas et crédits carbone. Mais maintenant il s’agit de gérer les problèmes du carbone fossile mais aussi du carbone vivant.

Christian de Perthuis invite à protéger les puits de carbone que sont les forêts et les océans. Pour cela il faut parvenir à fédérer des entités qui ne sont pas du tout habituées à travailler ensemble même si elles sont déjà actives, chacune à sa façon, sur le même territoire. Pour mettre en place des projets de régénération ou agir sur le cycle de l’eau il faut apporter de nouvelles façons de faire, favoriser les interactions entre les différentes parties prenantes. Il cite l’exemple de la coopérative carbone de la Rochelle. Cette coopérative contribue au développement de projets locaux bas carbone et favorisant la biodiversité. Mais il est aussi impliqué dans l’association agrisud international pour développer l’agroécologie au Sénégal. Il s’agit alors de réintroduire de la diversité dans les territoires abimés par la mono culture.

Il insiste sur le fait que s’intéresser au carbone vivant n’est pas un retour en arrière d’un point de vue technique. Au contraire, cela fait souvent appel à des techniques complexes à mettre en œuvre. Il ne s’agit pas uniquement d’économiser des tonnes de CO2. Travailler sur la biodiversité permet d’amener de la valeur sur un territoire, développer ses aménités.
Rassembler les acteurs
Patrice Valantin est le Président de Oetopia et travaille comme entrepreneur en génie écologique chez Reizhan. Il n’est pas très optimiste sur notre avenir mais reste confiant. La nature continuera de toute façon à s’adapter mais aucune certitude que l’être humain en fera toujours partie. Son parcours assez original avec un passage comme officier dans la légion étrangère l’amène à valoriser les relations. Il faut conserver la diversité, car aucune espèce ne se suffit à elle-même. Les entreprises ont besoin de territoires vivants et vivables.

Un changement de pensée est nécessaire car on ne peut pas réparer les forêts avec un marteau. Pour lui nous sommes proches d’une période de bascule et l’on ne peut pas à la fois gémir et agir. Il propose de réaffecter une partie des budgets RSE vers des démonstrateurs territoriaux. Apprendre à reconnaître le capital biodiversité d’un territoire lui semble plus important que la mise en place de crédits biodiversité.
S’inspirer de la nature
Alain Renaudin est le fondateur de biomom’expo, récemment devenu biodiv’expo. Pour souligner le faible poids de l’espèce humaine dans l’histoire de notre planète, il prend l’image d’un livre de 1000 pages. Les humains ne seraient que les 2 dernières lignes de la dernière page de ce livre. Pour lui le regard sur notre planète a commencé à changer le 24 décembre 1968. Le jour où William Anders a pris en photo le lever de terre vue depuis la lune. Cet acte n’était pas prévu dans la feuille de route de la NASA. Les astronautes étaient partis pour découvrir la lune mais ils ont en fait redécouvert la terre.

Adepte du bio mimétisme, Alain Renaudin insiste sur le fait que le vivant est notre allié le plus puissant. D’ailleurs 100% de ce que nous consommons dépend d’une façon ou d’une autre du vivant. Même pour les data centers l’eau est une ressource stratégique. Les gouvernements pourraient décider d’arbitrer en leur défaveur si cette ressource hydrique venait à manquer pour les cultures et la consommation directe des citoyens.
Il nous faut changer de regard sur la nature qui peut être une véritable source d’inspiration. Il prend l’exemple des diatomées. Elles sont capables de préparer à température et pression ambiantes une carapace en verre transparent aux nanostructures extrêmement complexes. Les scientifiques ont beaucoup de mal à faire la même chose en laboratoire. Il faut monter à plus de 1.000 degrés et consommer beaucoup d’énergie. Il rappelle aussi que l’on n’a jamais vu un castor faire 2.000 kilomètres pour aller chercher son bois. Comme les autres intervenants il milite pour la réunion de profils différents, nécessaires pour favoriser une hybridation créative.
La transition écologique dans le secteur de la construction

James Quintero est directeur de la transition écologique pour la branche constructions du groupe spie batignolles. Il confirme qu’un plan biodiversité est bien présent dans la stratégie de décarbonation du groupe SPIE. Le groupe est d’ailleurs membre de l’Union Professionnelle de Génie Ecologique, UPGE, créée en 2008. Développer l’intérêt pour la nature, c’est aussi un moyen de conserver l’enthousiasme nécessaire pour se lever chaque matin pour aller sur le chantier. Pour favoriser l’engagement, des fresques du climat ont été proposées aux cadres puis aux ETAM mais pas encore à l’ensemble du personnel.
Note de l’auteur : cette précision sur les populations concernées confirme que le principe des fresques, qui exige de réunir une dizaine de personnes pendant plusieurs heures, est plus lourd à mettre en place qu’une sensibilisation avec un auto diagnostic comme Diag26000. L’utilisation en ligne de l’outil interactif ne prend que 5 minutes sans que les personnes ciblées ne soient nécessairement disponibles au même moment. Toutes les organisations ayant lancé une cartographie participative avec les outils de Diag26000 pour donner la parole à l’ensemble des collaborateurs ont bien souvent des taux de participation entre 70% et 80%. Aucune raison donc de se limiter aux cadres et ETAM.
Le groupe SPIE travaille aussi sur la prévention. Par exemple des capteurs ont été installés le long de la vallée de l’Arve pour identifier d’éventuels dangers et éviter des catastrophes comme celle qui vient de se produire au Népal. Comme exemple de projet réussi James Quintero cite la place de Catalogne à Paris. Le sol de la place, était uniquement minéral il y a quelques années. Il a été remplacé par +350 arbres sur 800 mètres carrés de clairière. Cela a permis de faire baisser de 4 degrés la température sur la place.

